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Accueil >>  L’association >>  International >>  La Ruta de los Jovenes
 

La naissance de "La Ruta de los Jovenes"

jeudi 3 novembre 2005, par La Route des Jeunes
 

Partir ! Le bébé sous le bras, mariée, à l’autre bout du monde pour être vraiment inaccessible. Me convaincre que « c’est le chemin de la vie », qu’il faut savoir « tourner une page », que « je suis une femme maintenant, et la Route des Jeunes c’est pour les jeunes ! » Et surtout qu’ « après tout, c’est une obligation de scolarité, ce stage à l’étranger. Je n’ai rien à me reprocher. » Etre un peu égoïste. Me consacrer à ma petite famille, apprendre l’espagnol, acquérir une nouvelle expérience professionnelle qui éclairerait mon CV d’autre chose que cette éternelle sécurité routière qui jette de l’ombre sur tout ce que j’ai fait d’autre.




Tels sont mes projets lorsque, début septembre 2004, j’embarque pour l’Uruguay pour un séjour de cinq mois. Au vu de mon CV, ma chargée de stage m’a pourtant bien évidemment prévenue : elle m’a confié une mission de sécurité routière au sein de son ONG. Mais cela m’a fait doucement rire. « Elle ne sait pas quoi faire de moi, alors elle me colle une mission de sécurité routière » me suis-je dit. Vu de l’Occident, mon idée, c’était que les accidents de la route étaient une préoccupation de riches. Quand tout va bien, on peut se préoccuper de sécurité routière, pensais-je, mais l’Uruguay est un pays en voie de développement, qui a des problèmes bien plus profonds et plus urgents à régler que d’écouter Sainte Elvire expliquer qu’il faut arrêter de boire quand on conduit...

Et puis l’entreprise me paraissait énorme. La création de la Route des Jeunes en France, quand j’avais 15 ans, était dans mon esprit un exploit lointain que je ne serais jamais capable de renouveler. Nous étions alors allés contre vents et marées, et le chemin parcouru depuis, pour rien au monde je ne le referais à l’envers. Bouger des montagnes, on peut une fois, pas deux. Bref, c’est avec un pessimisme qui ne me ressemble pas que j’arrive à Montevideo.

Ma chargée de stage m’avait pourtant organisé plusieurs rendez-vous avec les autorités et les ONG locales pour présenter mon projet. Je me suis bien entendu rendue à ces entretiens, présentant discrètement la Route des Jeunes, et essayant surtout de tirer le plus d’enseignement possible de l’expérience qui m’était présentée par mon interlocuteur. Cela pendant environ un mois. Jusqu’au jour où j’ai rencontré les membres de Seguridad Vial, l’unique association de sécurité routière en Uruguay, qui tente tant bien que mal de s’imposer, par le biais de conférences, d’un site web et de pas grand chose d’autre. Ah si ! J’allais oublier : une volonté d’acier, une gentillesse infinie.

Je leur explique le projet, mon expérience. Je ne sais plus bien comment, car nous ne parlions pas la même langue, mais enfin je crois que je me suis fait comprendre. Ils sont emballés. Et c’est là que je suis prise de cours. Ils organisent une conférence dont je dois être la principale intervenante, à laquelle ils convient toutes les autorités qui pourraient avoir un lien avec la question : la police des routes, le ministère de la santé, celui des transports, la presse. Je ne me sens pas à la hauteur de la tâche. Je rédige mon texte en français, la famille uruguayenne de mon époux me le traduit, et je m’entraîne à le lire à voix haute. Du bricolage.

Mais, toujours persuadée qu’une conférence sur la Route des Jeunes seulement n’aurait pas de grand intérêt pour les Uruguayens - la fierté a quand même des bornes - je me lance dans une recherche sur la sécurité routière en général : dans le monde, puis dans les pays en développement, et enfin en Uruguay. Et je tombe des nues. Non seulement agir pour la sécurité routière dans ces pays est une urgence, mais en plus c’est une urgence sérieuse. Pas un luxe de précautions réservées aux pays trop gâtés. Non Madame, les accidents de la route ne sont pas un problème de riches : les populations les plus pauvres au contraire sont celles qui sont touchées de la manière la plus brutale, car elles ne disposent ni du matériel pour les protéger (casques, lumières), ni des informations pour les prévenir du danger. Sur dix accidents de la route, neuf ont lieu dans les pays pauvres. Non Madame, ce n’est pas une préoccupation de second rang : d’ici 2020, selon l’OMS, les accidents de la route seront la troisième cause de perte d’espérance de vie dans le monde, loin devant le Sida (11ème position). Non Madame, cela n’a pas rien à voir avec la pauvreté et les problèmes économiques : ces pays en développement perdent deux fois plus d’argent à cause des accidents de la route qu’ils n’en récoltent grâce à l’aide au développement. Et partout dans le monde, oui Madame, pas seulement dans votre petit pays, la première cause de mortalité des jeunes, c’est les accidents de la route.

Soufflée par ce que je viens d’apprendre, je le transmets donc lors de cette conférence au mois d’octobre à Montevideo. Dans l’assemblée se trouve par chance une jeune journaliste, la seule qui ait daigné se déplacer. Elle est emballée. Elle se joint à notre groupe d’action. Elle a un carnet d’adresse énorme. Elle est dynamique.

Je me suis retrouvée propulsée, sans comprendre comment, au cœur d’une action qui est devenue extrêmement médiatisée. Quelle surprise de se faire reconnaître dans la rue plusieurs fois par jour. J’avais fini par apprendre le texte ma conférence par cœur et par comprendre ce qu’il fallait mettre en avant dans les médias. Comprenez-moi bien : je n’ai rien fait d’autre que raconter mon expérience et prêter ma voix aux médias. La foi, la force, la dynamique, l’enthousiasme, ce sont les membres de Seguridad Vial et cette jeune journaliste qui les ont eus.

La sécurité routière, malgré ce qu’elle a de plus austère, m’aura permis dans ma vie de vivre mes plus grandes émotions, de rencontrer mes amis les plus chers, de pénétrer la société de manière passionnante. Cela avait été vrai en France, ça l’a été en Uruguay. Quelle émotion de voir des bénévoles avec le T-shirt de « la Ruta de los Jovenes » au dos dans les rues de Montevideo, le soir de la première action en Uruguay, le 4 décembre 2004. Quelle émotion de voir le tableau de clés se remplir, contre toute attente, et les jeunes clients nous reconnaître à l’entrée : « Ah, c’est vous qu’on a vus à la télé, c’est super ce que vous faites, voici mes clés ! ».

Depuis je suis rentrée en France, deux autres « Noches por la Vida » ont eu lieu en Uruguay, sans moi. Les bénévoles restent très actifs, et on se prend à rêver d’une Route des Jeunes Internationale. Il faut dire que quand on sait qu’en Chine l’année dernière, il y a eu 110 000 morts et 560 000 blessés, et que cela ne va cesser d’augmenter, on comprend que la tâche est vaste. Mais ne nous emballons pas car j’oubliais un détail : sans la Route des Jeunes-France, la Route des Jeunes-Uruguay n’a pas les moyens d’exister. Les moyens humains, si, mais les moyens financiers, non. En effet, « la Ruta de los Jovenes » a demandé aux autorités locales de lui prêter des testeurs d’alcoolémie pour ses actions. Au bout de trois tests, ces machines très rares dans le pays ont rendu l’âme. Le matériel des forces de l’ordre est pour ainsi dire inexistant. Inutile de préciser qu’obtenir une subvention là-bas est inenvisageable. Or sans testeur d’alcoolémie, pas de « Noches por la vida ». La Route des Jeunes-Uruguay avait pourtant deux actions prévues après mon retour en France. Je leur ai donc provisoirement laissé les deux machines françaises, avec lesquelles j’étais venue, et qu’ils vont me renvoyer d’ici peu. Puis, ils seront contraints d’arrêter d’agir. Jusqu’à nouvel ordre.

Rentrer ! Le bébé toujours sous le bras, ayant appris tant bien que mal l’espagnol, et m’étant aussi consacrée à ma petite famille comme prévu. Mais rentrer le coeur gros de quitter mes « collègues » de quelques mois, qui m’ont accompagnée jusqu’à l’aéroport, avec caméra et appareil photo, et se sont cotisés pour m’offrir des souvenirs d’Uruguay, notamment une belle pierre précieuse du pays. J’emporte symboliquement un fragment minuscule du trésor qu’ils possèdent. Un trésor de courage. Car si j’ai déplacé des montagnes en France pour créer la Route des Jeunes, imaginez, pour eux, petit pays sans ressources et ignoré de la majorité du monde, ce que cela représente comme effort de porter « la Ruta de los Jovenes » à bout de bras. Ils sont mués par cette même force, cette même énergie sortie tout droit des entrailles des fondateurs de la Route des Jeunes il y a neuf ans, cette même révolte contre l’inacceptable : voir des jeunes vies brisées par milliers sur les routes dans l’indifférence. Et, du fin fond de l’Amérique Latine, ils auront été les pionniers d’une expérience que j’espère internationale, tant l’urgence est grande. La belle pierre bleue trône désormais chez moi, sur une étagère. Chaque fois que mon regard se pose sur elle, j’ai confiance. « La Ruta de los Jovenes », et bientôt d’autres branches de notre association, veille sur l’avenir de mes -que dis-je de nos- enfants.

Elvire Jurgensen, fondatrice de la Route des Jeunes et de la Ruta de los Jovenes

Route des Jeunes Uruguay, « la Ruta de los Jovenes » :
Internet : http://www.seguridadvial.com.uy/larutadelosjovenes/index.htm
E-mail : larutadelosjovenes@seguridadvial.com.uy

 
 
ASSOCIATION SECURITE ROUTIERE DISCOTHEQUES CAPITAINE DE SOIREE SAM CONDUCTEUR DESIGNE

La Route des Jeunes - Association de sécurité routière créée PAR les jeunes POUR les jeunes
Siège: 145, avenue de Suffren - 75015 Paris - Téléphone : 01.40.56.33.51

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Dernière mise à jour : mercredi 14 mars 2007
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