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Aurélia Rippe nous raconte Une Nuit Pour la Vie

samedi 22 juillet 2006, par La Route des Jeunes
 

Il est deux, trois heures du matin, et c’est dimanche. Je finis par me lasser de contempler les affiches des prochaines soirées mousse ou Brésil de la discothèque où je suis en faction, et les videurs ne sont plus très bavards.


Il faut encore attendre une petite heure que les clients quittent la piste de danse et se bousculent pour récupérer leurs clefs de voiture. Mes collègues et moi, emmaillotés de rouge et de blanc, nous gardons l’oeil sur le panneau où les clefs sont suspendues aux mousquetons. Certains préparent des alcootests pour n’être pas débordés par l’affluence, d’autres se détendent cinq minutes, vont boire un verre ou danser. Je prends quelques photos qui témoigneront de cette action. Il y a des BN à la fraise sur la table, j’en croque et c’est bon.

C’est bon après la journée que je viens de passer. Rendez-vous à la gare Montparnasse en fin de matinée, distribution des billets de train achetés par Ségolène, puis départ pour une destination encore théorique. Dans le train nous avons échangé quelques phrases sur notre engagement, cherché à comprendre pourquoi, venant tous d’horizons différents, nous étions tous réunis, le temps d’un week-end, par le port d’un même tee-shirt marqué d’un triangle rouge qui cligne de l’oeil. L’agrégat semblait alors encore un peu surréaliste, il ne l’est plus au milieu de la nuit, passés l’installation à l’hôtel et le briefing, les questions, trace d’une légère inquiétude sur le déroulement de la mission, et le dîner, dernier rassemblement avant le début de l’action. Dès que les groupes se sont séparés pour gagner leurs discothèques respectives, il n’était plus question d’agrégat mais d’équipes.

Sauver des vies est une tâche qui commence par des signes invisibles : il faut installer une table à l’entrée de la discothèque, y disposer des carnets à souches, des tampons de la Route des jeunes, des formulaires informatifs, placer les panneaux à clefs en évidence et en sécurité pour éviter toute chute, s’assurer que les éthylotests sont bien chargés, et s’armer de patience. Tous ces gestes s’accomplissent sans que personne puisse dire qui y gagnera la vie. Est-ce ce premier interlocuteur, qui, déjà ivre, répète cette phrase entendue mille fois qui nous fait grincer des dents : « C’est bien ce que vous faîtes, mais moi quand j’ai bu je maîtrise mon véhicule, je le sais, et c’est pour ça que je conduis même en ayant bu. » ? Est-ce ce conducteur alléché par la possibilité de ne pas payer son entrée s’il nous laisse ses clefs, et qui craint une escroquerie ? Certainement, presque dix ans après la création de la Route des jeunes et sept ans après la première Nuit pour la Vie, bien du chemin a été parcouru et des gens comme eux sont peut-être sauvés par la crainte d’un radar ou parce qu’ils ont pris conscience des dangers de leur conduite. Pour cela, il a fallu parler, des nuits durant, expliquer pourquoi, contre quoi nous nous battions, essuyer des refus, voir des conducteurs réfléchir pour la première fois à leur responsabilité au volant, et rendre des clefs à des gens qui n’avaient pas respecté leur contrat. Je ne me suis jamais sentie à la hauteur de la tâche quand il fallait convaincre un obstiné, ou même précher un convaincu, et je n’ai jamais pu mesurer le pouvoir de mes paroles. Sauver des vies est une tâche qui emprunte des voies invisibles.

Vers quatre heures du matin, un peu avant peut-être, les gens affluent. Ils ont dansé et veulent rentrer. Ils tendent leurs tickets, soufflent dans l’éthylotest, dans le ballon, et remercient, ou critiquent notre action. Bientôt il faudra remballer le matériel, le panneau à clefs se vide, on prend quelques dernières photos, on salue le patron de la discothèque, et on rentre à l’hôtel pour une nuit bien courte. Demain on achètera le journal et peut-être y lira-t-on quelques lignes sur l’événement. Puis on rentrera. Le moment de déposer un dossier Label-Vie est bien lointain. Il faudra revenir en terrain connu pour inscrire l’action dans la durée, nous y sommes invités.

En quittant les autres bénévoles sur le quai de la gare, j’ai un peu le cafard. Quand c’est pour la vie, une nuit, même une nuit blanche, c’est court. Il en faudra d’autres.

 
 
ASSOCIATION SECURITE ROUTIERE DISCOTHEQUES CAPITAINE DE SOIREE SAM CONDUCTEUR DESIGNE

La Route des Jeunes - Association de sécurité routière créée PAR les jeunes POUR les jeunes
Siège: 145, avenue de Suffren - 75015 Paris - Téléphone : 01.40.56.33.51

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Dernière mise à jour : mercredi 14 mars 2007
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